Avis de tempête pour les Offices de Tourisme !

Il y a encore huit ans, les Offices de Tourisme et leurs collaborateurs pouvaient vivre tranquillement dans un univers stable et sécurisant.

Bien sûr, quelques Cassandre pouvaient pointer que tout n’était pas si rose, que des nuages s’accumulaient au loin… Bien sûr, quelques précurseurs se préoccupaient déjà du monde d’après…

Mais qui aurait pu prévoir qu’en si peu de temps ces structures devraient subir un tel déchaînement des éléments ?

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Révolution numérique, impact des contraintes financières des collectivités qui les financent et aujourd’hui loi NOTRe… obligent tout à la fois à une redéfinition des missions, à une évolution des processus et des pratiques professionnelles et à une refondation juridique et institutionnelle à travers des fusions, des mutualisations, des mises en réseaux…

Autant de questions qui placent les organismes de tourisme dans la contradiction d’agir dans le court terme sur des sujets qui impliquent le moyen et le long terme…

Avis de tempête !

Offices de Tourisme : la refondation !
(1/ Le contexte)

A quoi sert l’Office de Tourisme à l’heure du numérique ?

De toutes les fonctions de l’Office de Tourisme, la plus connue du grand public reste sans conteste l’information et le renseignement touristique dans des points d’accueil physiques généralement bien fléchés dans les villes et facilement identifiables par leur logo.

Forts d’un maillage territorial important, les points d’accueil touristiques restent encore un acteur majeur du renseignement touristique, mais le numérique leur a fait perdre leur caractère incontournable… Qu’en sera-t’il demain ?

Dans cette analyse, deux éléments sont certains :

  1. Le besoin d’informations, de renseignements ou de conseils touristiques ne va pas disparaître, même si la façon d’y répondre va continuer à évoluer et que les formes de cette évolution sont difficiles à prédire ;
  2. Les missions des Offices de Tourisme ne se limitent pas à cette fonction même si elle est la plus visible du grand public.

Le numérique ne condamne donc pas irrémédiablement les Offices, mais il les obligent à changer. La difficulté est pour eux d’arriver à se réinventer malgré la prégnance du modèle historique. Le poids du modèle organisationnel traditionnel dans les esprits des collaborateurs des Offices, comme dans ceux de leurs partenaires opérationnels (prestataires, collectivités…) est aujourd’hui le principal obstacle pour repenser ce modèle.

De l’institution à l’agence de développement économique et/ou territorial

En 2008, dans une étude réalisée pour la CRAOTSI (Confédération Rhône-Alpes des Offices de Tourisme et Syndicats d’Initiatives) par le Cabinet Orizon, nous pointions le paradoxe des Offices de Tourisme, à la fois institués par une collectivité, donc de fait agence de cette collectivité, et la relative autonomie (voire indépendance) des offices vis-à- vis de cette même collectivité par les missions que leur conférait le code du tourisme.

Nous suggérions dans cette étude, qu’à notre sens, les Offices devraient davantage aligner leur action sur celle de la collectivité qui les instituait.

Les conséquences de la crise financière de 2008 sur le financement des collectivités a conduit ces dernières à devenir de plus en plus vigilantes sur l’utilité des subventions qu’elles versent. Cela accélère cet alignement des Offices de Tourisme sur les politiques publiques des collectivités : aujourd’hui l’Office doit être en capacité d’identifier, de comprendre et de répondre aux attentes de la collectivité…  ce qui implique d’apprendre à travailler avec le monde territorial.

A défaut, l’Office verra son financement diminuer… et surtout ses missions contournées par des chargés de missions ou des services tourisme qui le dépouilleront de ses prérogatives à forte valeur ajoutée.

Mécano territorial

Le dernier volet de la réforme territoriale, et particulièrement la loi NOTRe, vient redéfinir les territoires administratifs français.

Pris dans cette tourmente supplémentaire, les Offices se voient notifier l’obligation de mutualiser leurs actions, fusionner leurs structures et se refonder… sans nécessairement que les projets de territoire soient encore définis et que les collectivités aient toujours une vision claire de leurs attentes…

Pire encore : on peut imaginer que les  »répliques » de l’impact de la loi NOTRe (comme il y a des répliques pour les tremblements de terre) viennent encore dans l’avenir bouleverser les contours des territoires avant même qu’ils n’aient fini de se structurer…

Par ailleurs, le transfert de la compétence tourisme à des intercommunalités plus importantes viendra complexifier le travail au sein des Offices qui devront agir dans le sens de la collectivité dont ils relèvent, tout en prenant en compte les enjeux particuliers des collectivités  »infra », et des collectivités voisines…

Pourquoi se battre ?

Le défi apparaît tel que l’on pourrait être tenté de jeter l’éponge et d’arrêter de se battre. Pourtant, tout monde qui s’effondre constitue le terreau de son remplaçant qui émerge…

Tout d’abord, le regroupement d’Offices va donner naissance à des organismes plus importants en taille, ce qui devrait ouvrir de nouvelles perspectives d’actions.

Ensuite, le bigbang en cours est le moyen de sortir du cadre de références traditionnel évoqué plus haut, d’intégrer ou de collaborer avec des personnes capables d’imaginer d’autres formes d’actions.

Enfin, et surtout, parce qu’il y a des équipes qu’il serait dommageable d’abandonner et des savoir-faire  qu’il serait dommage de perdre…

Alors, prêts à relever le défi ?

(A suivre)

Denis CHAUMAT

Cet article est tiré de l’intervention réalisée par Denis CHAUMAT le 29 septembre 2016, au cours de l’atelier  »Cartographier les compétences des salariés : de la polyvalence à la spécialisation » dans le cadre des  »Journées des Offices de Tourisme » organisé par Offices de Tourisme de France, sur le thème :  »Les Offices de Tourisme face à la réforme territoriale, réussir sa restructuration ».